« Adagio maladie »
 
Monologue pour deux corps
 
Interprètes : France Hervé, Frédéric Prévost
Création musicale : Siegfried Canto, Christine Massetti
Création lumières : Violaine Burgard, Célia Idir
 
 
 Informations et réservation dans "Calendrier"
 

 Texte sélectionné par le Comité de lecture des Écrivains Associés du Théâtre pour la saison 2017 et le Panta Théâtre de Caen.

 

 

« Toute maladie a sa noblesse la vôtre autant qu’une autre. Je ne laisserai pas dire »

Sur le plateau dépouillé, une femme et un homme renouent les fragments d’un monologue comme autant d’impromptus. Monologue pour deux voix d’une guerre de cinq années contre une maladie qui souvent ne se dit pas.

Maladie alcoolique, Adagio maladie. Un état de pensée et de corps qui vous désigne comme l'autre, étranger aux manières d'être et devant qui le regard se détourne. Impuissant.

Une femme met en mots ce combat contre la mort, dans sa crudité, sa pudeur, jusqu'à regagner les forces de vie.

Dans son trajet qui la confronte à la mort, la narratrice croise des compagnons de route, fugitifs mais si proches.

Les remémorations surgissent par accès puis s’évanouissent dans le noir du coma, de l’absence à soi et au monde.

Tour à tour, en écho, les deux interprètes sont la langue fulgurante de la narratrice, des voix aussi de ceux qu’elle fait revivre.

Les corps – comme un seul – se révèlent soudainement dans des couloirs de lumière qu'ils arpentent, délivrant des éclats de souvenirs puis retombent à nouveau dans l’obscurité de l’oubli.

La lumière, élément essentiel de la scénographie, intervient avec des fondus, des passages au noir, des ouvertures lumineuses à la manière d’un film.

La musique s’insinue entre et à l’intérieur des fragments du récit. Elle intervient comme source de remémorations pour les deux comédiens incarnant la narratrice, en écho à l’exploration de l’intime.

L’écriture fragmente et distord une langue qui parle le corps au plus proche des mouvements intérieurs.

Aventure théâtrale ouverte sur le partage de l'intime et de ce qui l'inclut dans le monde.

 

Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
 

La critique

« En un coup d'œil novice, on pourrait se dire qu'une danse se vit au travers du mouvement de ses interprètes. Dans la vie pourtant, il est des moments douloureux que l'on traverse en trouvant les mots justes, après une longue et difficile convalescence. Anne Sultan prend sa plume pour faire danser pareil langage, expression crue et autobiographique d'une Adagio Maladie qui ronge ses deux interprètes de l'intérieur.

Une danse qui se parle. Dès les premiers instants, la scène où se joue cette pièce grave n'accueille que ses deux comédiens en haute voltige émotionnelle. Les mots sont coupants et désordonnés, en accord ou désaccord avec deux corps qui tentent de trouver un équilibre fragile. (…)

Une gravité digne et juste. Adagio Maladie propose à son spectateur d'observer de front les soubresauts d'une lente renaissance. En cela, le voyage qu'il offre est unique et intègre (…)

Il permet surtout à ses deux interprètes de livrer une danse des mots inédite. Dédié(e)s corps et âme aux rôles, France Hervé et Frédéric Prévost font briller par leur talent cette histoire narrée les yeux droits devant. »  L’Info Tout Court, 18/01/2017.

 

 

Extrait

 J'ai vite.

À peine debout et ça peine à tenir. Deux bouts deux pieds levés vite et en place. Debout. Les membres tremblent encore de la veille. Non. Ça tremble parce que la veille. De trop. Se taire et vite de tout ça qui gigote malgré soi. Éteindre le tremblement de la veille de trop. Vite. D'abord coucher cadavres de la veille de trop puis recouvrir avec papier journal et sacs plastiques. Moins sonore comme ça au moment du jeté dans poubelle commune. Tout un art et tout ce temps pour. Puis descendre angéliquement poubelles  bien scellées dans poubelle commune. La peur au ventre s'assurer d'un temps minimum parfois si court quoi cinq minutes et courir au plus près à corps perdu avant que le laps ne soit écoulé. Deux temps trois mouvements un corps qui court et revient sur ses pas c'est pas l'bon sac il faut l'autre plus grand plus du liquide pour. Ça donc avec combien de liquide vaisselle inutilement acheté mais combien précieux celui-là de liquide. Puis retour la peur au pas de course comme le laps s'écoule. Contre montre je remontre le temps. J'ai vite. Évter voisinage puis tremblement transpirant ouvrir tout ça en même temps qu'ouvrir le robinet de l'évier en grand. Éteindre le bruit le bruit du débouchage. Tout un art et tout ce temps pour. Disséminer tout ça après que débouché partout ici ou là mais d'abord dans la bouche. Au moins deux points de chute. Ici et là voilà mais déjà je l'entends. Après ça épier allées venues de l'autre dans l'appartement et alterner points de chute la peur au goulot qu'il inopinément abrège. Lui et le téléphone de l'autre côté d'ici et que l'idée vienne à lui alors de venir depuis l'autre côté ici et bouche au goulot découverte alors.


 

 

adagioExterieur

 

 

À la demande de l'Hôpital Sainte-Anne, une lecture musicale fut proposée avec cinq jeunes comédiens et un pianiste du Conservatoire à Rayonnement Départemental de Pantin dans les jardins de l'hôpital.

 

© Cie du Manège

© 2018  Anne Sultan - Contact - Crédits