Textes : Anne Sultan
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Christine-MassettiÀ écouter le jeudi 11 janvier 2018 sur les ondes de France Culture à 23h :

"Adagio maladie", une création d'Anne Sultan réalisée par Véronique Lamendour dans le cadre de l'émission "Creation on air" (podcastable durant une année)

 

Prochaine représentation de la pièce : jeudi 26 avril 2018 au Beffroi de Montrouge

 

 

afficheAdagio2018Infos et réservations en cliquant ici
ou par téléphone au 01 46 12 74 59

 

Le Beffroi - Salle Blin - 2 Place Émile Cresp - 92120 Montrouge

Pour se rendre au Beffroi :

- En métro : ligne 4 Mairie de Montrouge, sortie N° 3 Place Émile Cresp (le Beffroi se trouve aux pieds du métro)

- En voiture : un parking est à votre disposition à côté du Beffroi 

 

« Adagio maladie »
 
Monologue pour deux corps
 
Interprètes : France Hervé, Frédéric Prévost
Création musicale : Siegfried Canto, Christine Massetti
Création lumières : Violaine Burgard, Célia Idir
 
 
 Informations et réservation dans "Calendrier"
 

 Texte sélectionné par le Comité de lecture des Écrivains Associés du Théâtre pour la saison 2017 et le Panta Théâtre de Caen.

 

 

« Toute maladie a sa noblesse la vôtre autant qu’une autre. Je ne laisserai pas dire »

Sur le plateau dépouillé, une femme et un homme renouent les fragments d’un monologue comme autant d’impromptus. Monologue pour deux voix d’une guerre de cinq années contre une maladie qui souvent ne se dit pas.

Maladie alcoolique, Adagio maladie. Un état de pensée et de corps qui vous désigne comme l'autre, étranger aux manières d'être et devant qui le regard se détourne. Impuissant.

Une femme met en mots ce combat contre la mort, dans sa crudité, sa pudeur, jusqu'à regagner les forces de vie.

Dans son trajet qui la confronte à la mort, la narratrice croise des compagnons de route, fugitifs mais si proches.

Les remémorations surgissent par accès puis s’évanouissent dans le noir du coma, de l’absence à soi et au monde.

Tour à tour, en écho, les deux interprètes sont la langue fulgurante de la narratrice, des voix aussi de ceux qu’elle fait revivre.

Les corps – comme un seul – se révèlent soudainement dans des couloirs de lumière qu'ils arpentent, délivrant des éclats de souvenirs puis retombent à nouveau dans l’obscurité de l’oubli.

La lumière, élément essentiel de la scénographie, intervient avec des fondus, des passages au noir, des ouvertures lumineuses à la manière d’un film.

La musique s’insinue entre et à l’intérieur des fragments du récit. Elle intervient comme source de remémorations pour les deux comédiens incarnant la narratrice, en écho à l’exploration de l’intime.

L’écriture fragmente et distord une langue qui parle le corps au plus proche des mouvements intérieurs.

Aventure théâtrale ouverte sur le partage de l'intime et de ce qui l'inclut dans le monde.

 

Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
Création 2016 : Adagio
 

La critique

« En un coup d'œil novice, on pourrait se dire qu'une danse se vit au travers du mouvement de ses interprètes. Dans la vie pourtant, il est des moments douloureux que l'on traverse en trouvant les mots justes, après une longue et difficile convalescence. Anne Sultan prend sa plume pour faire danser pareil langage, expression crue et autobiographique d'une Adagio Maladie qui ronge ses deux interprètes de l'intérieur.

Une danse qui se parle. Dès les premiers instants, la scène où se joue cette pièce grave n'accueille que ses deux comédiens en haute voltige émotionnelle. Les mots sont coupants et désordonnés, en accord ou désaccord avec deux corps qui tentent de trouver un équilibre fragile. (…)

Une gravité digne et juste. Adagio Maladie propose à son spectateur d'observer de front les soubresauts d'une lente renaissance. En cela, le voyage qu'il offre est unique et intègre (…)

Il permet surtout à ses deux interprètes de livrer une danse des mots inédite. Dédié(e)s corps et âme aux rôles, France Hervé et Frédéric Prévost font briller par leur talent cette histoire narrée les yeux droits devant. »  L’Info Tout Court, 18/01/2017.

 

 

Extrait

 J'ai vite.

À peine debout et ça peine à tenir. Deux bouts deux pieds levés vite et en place. Debout. Les membres tremblent encore de la veille. Non. Ça tremble parce que la veille. De trop. Se taire et vite de tout ça qui gigote malgré soi. Éteindre le tremblement de la veille de trop. Vite. D'abord coucher cadavres de la veille de trop puis recouvrir avec papier journal et sacs plastiques. Moins sonore comme ça au moment du jeté dans poubelle commune. Tout un art et tout ce temps pour. Puis descendre angéliquement poubelles  bien scellées dans poubelle commune. La peur au ventre s'assurer d'un temps minimum parfois si court quoi cinq minutes et courir au plus près à corps perdu avant que le laps ne soit écoulé. Deux temps trois mouvements un corps qui court et revient sur ses pas c'est pas l'bon sac il faut l'autre plus grand plus du liquide pour. Ça donc avec combien de liquide vaisselle inutilement acheté mais combien précieux celui-là de liquide. Puis retour la peur au pas de course comme le laps s'écoule. Contre montre je remontre le temps. J'ai vite. Évter voisinage puis tremblement transpirant ouvrir tout ça en même temps qu'ouvrir le robinet de l'évier en grand. Éteindre le bruit le bruit du débouchage. Tout un art et tout ce temps pour. Disséminer tout ça après que débouché partout ici ou là mais d'abord dans la bouche. Au moins deux points de chute. Ici et là voilà mais déjà je l'entends. Après ça épier allées venues de l'autre dans l'appartement et alterner points de chute la peur au goulot qu'il inopinément abrège. Lui et le téléphone de l'autre côté d'ici et que l'idée vienne à lui alors de venir depuis l'autre côté ici et bouche au goulot découverte alors.


 

 

adagioExterieur

 

 

À la demande de l'Hôpital Sainte-Anne, une lecture musicale fut proposée avec cinq jeunes comédiens et un pianiste du Conservatoire à Rayonnement Départemental de Pantin dans les jardins de l'hôpital.

 

© Cie du Manège

Anne-Sultan-BioAnne-Sultan-Bio2Née.
Giflée par les corps distordus dans May B de Maguy Marin un soir après le lycée. Entre dans la danse. Travaille alors à tarer son corps. Jusqu’entendre l’enfant spectateur dire un soir à son père « ils dansent faux ». Merci l’enfant. S’investit dans la compagnie du chorégraphe Boris Jacta. Chorégraphie depuis 2001 dans un danser-faux de la marche, de la chute. Désarticule sa danse en lignes brisées, cassées. S’étire jusqu’à risquer ses propres limites. Se tord en solos, duos, dans des théâtres ou des couloirs désaffectés. Débarque inopinément dans des salles de classe et des cours d’école. S’expose sur tables en cours de chimie.

Incite les enfants à creuser leur danse. Danse en silence et sonorise le mouvement. Danse en musiques créées par le compositeur Siegfried Canto.
Écrit en résidences de création.

Tombe gravement malade. Une guerre de cinq années. Se bat se débat à temps plein. Ressurgit après la capitulation de la maladie. Remonte sur scène. Danse faux parmi des radiographies devenues personnages. Écrit pour la scène. Écrit faux distord fragmente le corps de la langue. Écrit Adagio maladie.
Veut porter cet écrit sur scène.
À suivre.


« Adagio maladie »

Une création radiophonique d'Anne Sultan, réalisée par Véronique Lamendour.

Jeudi 11 janvier 2018 à 23h sur France Culture (Creation on air)

« Toute maladie a sa noblesse la vôtre autant qu’une autre. Je ne laisserai pas dire »

hopital-saint-Anne
Hôpital Sainte-Anne, 1651 première création. Mon histoire dans l’Histoire. © Josette Sultan


Maladie alcoolique, Adagio maladie.
Une femme met en mots son combat contre la mort, dans sa crudité, sa pudeur, jusqu'à regagner les forces de vie.
Elle revit les sons dans son corps. Quel visage sonore a cette maladie de l'oubli ? Je souviens la sirène des pompiers, je souviens les brancards aux urgences, la rue quand il faut mendier, je souviens avoir tout oublié.
À deux voix, masculin féminin, tour à tour, en écho, elle dit le trajet où elle côtoie la mort, si souvent, de si près, quand d'autres autour d'elle sont fauchés en plein élan.

Il n'a pas oublié. Lui, le médecin, l'addictologue. Il raconte ses doutes, « Je doute donc j'exerce », ses peurs, ses espoirs durant ces années où il a suivi la narratrice, sa patiente.
Il dit la complexité de la maladie.

Au fil du violon, Christine Massetti, dans ses compositions et improvisations, contribue au tissage des remémorations, des émotions, qui refont surface.

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En plein enregistrement, Christine Massetti, la compositrice et violoniste. © Denis Uhalde


Merci au Docteur Roberto Maeso, qui a accepté de confier, ici, son expérience d'addictologue.
Merci à Frédéric Prévost, comédien, ami complice, d'avoir accompagné ce récit à deux voix.
Merci au talent de Christine Massetti qui a composé et improvisé la plus grande partie de ce voyage sonore, qu'elle a interprété au violon avec Denis Uhalde au piano.
Merci à Véronique Lamendour, réalisatrice si inventive dans notre aventure commune.
Et un grand merci à Irène Omélianenko, coordinatrice de l'émission pour sa confiance.

Prise de son extérieur : Hélène Langlois
Prise de son studio et mixage : Olivier Dupré, toujours à l'écoute
Attachée de production : Chouchane Djergaian

 

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